Interview d’Alexandre Giorgini, Consul général de France à Hong Kong

Monsieur Alexandre Giorgini, le Consul général de France, a pris ses fonctions le 3 septembre 2018, à Hong Kong. Il a accepté de répondre à nos questions.

Alexandre Giorgini, pouvez-vous nous parler de votre parcours avant d’occuper ce poste de Consul général ?

Comme beaucoup de Français de ma génération, j’ai eu très jeune le virus des voyages, des langues étrangères et de l’international. Après des études d’histoire, ma passion, j’ai eu la chance de faire en 1997 un premier stage très marquant à 9000 km de Paris, au Brésil.

Puis les choses se sont enchaînées : l’entrée au ministère des affaires étrangères, des postes à Paris, des expatriations en ambassade à Rome et à Moscou.

Pourquoi avoir choisi Hong Kong ? 

On vient à Hong Kong par choix et par envie. Pour ne rien vous cacher, c’était mon tout premier choix. Mon profil de diplomate généraliste, mais passé par le terrain et ayant des notions de chinois, m’a sans doute beaucoup aidé. J’aspirais depuis longtemps à venir en Asie : c’est ici que les nouveaux équilibres du monde se dessinent.

Quelles ont été vos premières impressions à Hong Kong et à Macao ?

Un kaléidoscope : une vie qui ne s’arrête jamais ; une multiplicité de sujets à traiter ; une communauté française porteuse d’une énergie créatrice très stimulante.

Et une image qui m’a frappé : au lendemain du typhon Mangkhut, les Hongkongais résolus à rejoindre leur lieu de travail contre vents et marées.

Vous arrivez à Hong Kong en famille, avec de jeunes enfants. Seront-ils scolarisés au Lycée Français ? 

Mon fils aîné a en effet rejoint depuis la rentrée le lycée français. Quant à ma fille, qui n’a que deux ans, elle devra encore attendre !

C’est votre premier poste de consul. Comment vous êtes-vous préparé pour ces nouvelles fonctions ?

Activement. Etre diplomate, cela ne s’improvise pas. Il ne suffit pas d’avoir une bonne culture générale ou des bonnes manières.

C’est un métier, où l’on apprend par l’expérience mais qui nécessite aussi des connaissances assez pointues dans de nombreux domaines : droit international ou consulaire, sécurité, économie et finance ou encore ingénierie culturelle.

Ces connaissances doivent en permanence être réactualisées et j’ai eu la chance de bénéficier de trois semaines de formation avant mon départ.

J’ai également tenu à rencontrer les trois anciens consuls généraux qui m’ont précédé ainsi que les principaux acteurs de la coopération franco-hongkongaise basés à Paris.

Comment avez-vous préparé la passation avec votre prédécesseur, Eric Berti, et comment s’est-elle déroulée ?  

Nos chemins ne s’étaient jamais croisés jusqu’à présent. J’ai découvert un collègue à la grande générosité, et extrêmement pédagogue. Nous nous sommes vus à trois reprises à Paris pour des réunions de travail très denses.

Vous aviez rencontré Carrie Lam en Juin dernier afin, je vous cite, “d’engager de premières discussions sur les projets de coopération en cours et à venir”.

Quels sont ces sujets de coopération majeurs entre la France et Hong Kong ?

Après un premier contact en juin, la cheffe de l’exécutif m’a reçu le 26 septembre. Elle m’a impressionné par sa connaissance technique des dossiers.

Carrie Lam a bien en tête l’apport de la communauté française à Hong Kong. Nous avons parlé de projets concrets, économiques et culturels, à faire avancer.

La France est en bonne position à Hong Kong. Mais l’environnement est hyper-concurrentiel et rien n’est jamais acquis. Et la guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine fait peser des risques sur la conjoncture économique et sur nos entreprises.

Il faut donc consolider notre présence – mais aussi la diversifier, en investissant davantage les secteurs des nouvelles technologies, de l’environnement ou encore de la santé.

Quels sont les priorités et les chantiers du consulat dans les mois à venir ?

Accompagner le lycée français dans sa croissance ; soutenir nos entreprises lorsqu’elles en ont besoin ; nourrir notre visibilité culturelle à Hong Kong et Macao. Et continuer à ouvrir de nouvelles portes !

Carrie Lam, qui a visité à Paris l’Institut Pasteur en juin, a signé un protocole d’accord sur un projet de recherche conjoint très novateur dans le domaine de l’immunologie. Il devrait débuter à Hong Kong en 2019, autour du HKU-Pasteur Research Pole. Je ferai de mon mieux pour que ce chantier parvienne à bon port.

Lors de la conférence des ambassadeurs, cet été, le Premier ministre a annoncé la suppression de 20 000 postes à l’étranger. Comment le consulat français de Hong Kong va-t-il faire face à la diminution de ses moyens ?

Il faut toujours en revenir aux missions fondamentales : quelle est la plus-value et la raison d’être du consulat ? Ce sera le point de départ de notre réflexion.

Ce travail, nous allons le mener à l’échelle de notre réseau diplomatique en Chine, mais en ayant bien conscience qu’Hong Kong, où s’applique la règle « un pays, deux systèmes », est un consulat général dans une situation très particulière.

Le consulat communique beaucoup via les réseaux sociaux et vous-mêmes avez invité nos compatriotes à vous suivre sur Twitter. La diplomatie française est-elle devenue (surtout) un média ?

Ne nous voilons pas la face et vivons avec notre temps. J’ai été pendant quatre ans porte-parole adjoint du Quai d’Orsay. L’information est aujourd’hui un vaste terrain de jeu – ou de guerre – où circulent vraies et fausses nouvelles. Sur un terrain aussi concurrentiel que celui de l’Asie, voulons-nous le laisser à nos concurrents ?

Avec l’ouverture de votre compte personnel Twitter, vous inaugurez un mode de communication plus personnel, semblable à celui du président Macron et certains de ses ministres. Que comptez-vous partagez avec vos followers ?

Le consulat général disposait déjà d’un site internet, d’un compte Facebook et d’un compte Instagram appréciés des Hongkongais. J’ai souhaité ouvrir un compte Twitter – tout en sachant que ce vecteur n’est pas le plus populaire localement – pour informer, de manière plus ciblée, la communauté française.

C’est un relais pratique, notamment en situation de crise, pour faire passer des recommandations en temps réel. C’est surtout pour moi un outil de transparence, puisque j’y relaie des informations sur mon activité et celle du consulat : les Français ont le droit de savoir ce que font leurs représentants.

Je le fais avec mon style : à l’occasion du Mid-Autumn Festival, plutôt qu’une photo de mooncake ou qu’une vidéo, j’ai twitté quelques vers d’Alfred de Musset sur la lune.

Vous n’avez pas encore occupé de fonction particulière en relation avec l’Asie au Quai d’Orsay, mais, vous parlez chinois. Quelle est votre vision de la Chine, de l’Asie Pacifique ? 

Le centre de gravité du monde bascule. Si nous ne l’avions pas compris, la guerre commerciale en cours entre Washington et Pékin nous le rappelle.

J’ai initié moi-même ma propre réflexion lorsque j’étais en poste en Russie, en étant amené à voyager à l’intérieur du pays et toujours plus à l’est, jusqu’à Vladivostok. Cela m’a conduit à m’inscrire à l’université de Moscou et à y étudier le mandarin.

Est-ce une priorité française ?

Pour la France, pour l’Europe, le dialogue avec l’Asie est essentiel. Le président Emmanuel Macron a confirmé encore récemment qu’il se rendrait en Chine au moins une fois par an.

Et le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian revient de Pékin, où il s’est rendu mi-septembre (son troisième déplacement en Chine depuis début 2018).

D’ailleurs quelle est la signification de votre nom chinois (官遠明) ?

« Celui qui voit loin et clair », « celui qui regarde vers l’avenir ». Je tiens à préciser que je ne suis pour rien dans ce choix : toute la responsabilité en incombe à mon professeur de l’université de Beida à Pékin, lorsque j’y ai effectué un stage en 2011.

Quels vont être les événements à votre agenda dans les semaines à venir ?

L’agenda est déjà bien chargé. Nous aurons le 5 octobre la visite de l’économiste Thomas Piketty, qui prononcera une conférence à l’Université de l’Education de Hong Kong sur la manière dont la mondialisation a creusé les inégalités dans le monde (inscriptions ici). Un thème qui a une résonance particulière à Hong Kong.

L’échéance la plus importante, ce sera pour moi l’inauguration officielle le 30 novembre du nouveau campus du Lycée Français à Tseung Kwan O. Je m’y suis rendu dès mon premier jour de travail à Hong Kong et j’ai été très impressionné. Nous n’avons pas ménagé nos efforts pour que ce nouveau campus modèle puisse voir le jour.

Tseung Kwan O Lycee Francais

Il a bénéficié d’un appui politique du consulat, pour obtenir du gouvernement de Hong Kong l’attribution généreuse d’un terrain d’environ 8200 m², et d’un appui financier de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), qui a apporté une subvention de 3,5 millions d’euros.

Allez-vous être présent, le 21 octobre, au Pink Dot, la “fête de la diversité” soutenue – notamment – par les grands groupes français AXA, BNP, Schneider Electric et Société Générale ?

Comme l’écrivait l’historien Fernand Braudel, « la France se nomme diversité ». C’est dans l’ADN de notre pays. L’égalité en dignité et en droits doit être respectée pour tous.

Cela vaut pour l’orientation sexuelle. Et dans le même temps, au-delà des différences, nous appartenons tous à une nation une, indivisible et fraternelle. C’est le miracle de notre pays, qui fait aussi sa grandeur à l’étranger.

Vous avez, dans votre premier message vidéo, souligné l’attachement des hongkongais à la libre circulation des marchandises.

Est-ce à dire que vous allez œuvrer pour que les entreprises françaises saisissent les opportunités qui vont se présenter dans le contexte de guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine ?

Nous sommes tous désorientés par les vents qui soufflent contre l’édifice de l’ordre multilatéral. C’est, comme on dit sur les rives de la mer de Chine, un super-typhon.

Avez-vous écouté le discours du président français à l’ONU le 25 septembre et sa dénonciation de la « loi du plus fort » ? Bien sûr, les diplomates sont là pour défendre les intérêts de nos entreprises. Mais leur tâche principale, c’est maintenant de reconstruire un ordre commercial multilatéral.

C’est pour cela que le président Macron a décidé d’organiser en novembre à Paris, en marge des commémorations du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, une conférence internationale sur la réforme de l’OMC. « Make our trade great again ! »

Les propos d’Alexandre Giorgini ont été recueillis par Pierre-Yves Dupuis.