Cette île artificielle s’enfonce-t-elle dans la mer ?

Cette semaine, France 2 et L’opinion.fr évoquent la controverse du mois à Hong Kong : une des îles artificielles du pont le plus long du monde aurait un défaut de conception.

Tout a commencé début avril lorsqu’une photo amateur, prise par drone, a fait le tour des réseaux sociaux. Des blocs de béton censés protéger l’île des vagues, donnent l’impression d’avoir glissé au large. De quoi susciter l’inquiétude des futurs usagers.

Car l’ouvrage dont nous parlons n’est pas un pont de 55 km à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une succession d’aqueducs et de tunnels construits sur des îles artificielles. Or si une des îles s’enfonce, le tunnel sous-marin de six kilomètres, risquerait de prendre l’eau.

Ces blocs de béton situés aléatoirement au large de l’île seraient en fait tout à fait normaux, à entendre les officiels chinois de l’Autorité du pont Hong-Kong-Zhuhai-Macao.

L’île abritant l’entrée d’un tunnel sous-marin, les ingénieurs chinois n’auraient pas souhaité faire reposer de blocs trop lourds juste au-dessus, selon le SCMP qui a publié une vidéo et recueilli les propos de Yu Lie, directeur adjoint du projet.

« C’est une zone spéciale et nous ne pouvons pas placer les blocs régulièrement de la manière habituelle au-dessus de l’eau. Le placement des blocs sous l’eau a été prévu et ils ont été emboîtés pour améliorer la protection de l’île artificielle. »

Pourtant, l’argument ne convainc pas certains ingénieurs, comme Ngai Hok-yan, interrogé par le quotidien hongkongais (et traduit par l’opinion.fr).

« Notre pratique standard est d’utiliser au moins deux couches de dolosse. Mais ici chacun ne pèse que cinq tonnes, contre vingt-cinq pour ceux utilisés au grand réservoir de Hong-Kong (ci-dessous). Pour moi la protection de l’île est insuffisante. »

dolosse hong kong reservoir

La crainte de l’ingénieur est simple : une rupture de la protection qui conduirait à des infiltrations d’eau dans le tunnel. “Dans ce cas, c’en sera fini du tunnel”.

L’ingénieur hongkongais Albert Lai Kwong-tak a appelé publiquement les autorités à rendre publics les plans de l’ouvrage pour comprendre l’intérêt d’une telle structure.

Le gouvernement a opposé une fin de non-recevoir. « Rien n’a été emporté par la mer » a ainsi déclaré Daniel Chung Kum-wah (« Director of Highways ») qui s’est rendu sur place.

Alors qui dit vrai ? Ce qui est certain c’est que les nombreux scandales entourant la construction du pont (morts d’ouvriers, corruption, dépassement de budget ou retards.. Bref, la totale) auront quelque peu entamé la confiance des hongkongais.

Pourtant, en visionnant cette vidéo publiée en juin, avant le passage du Typhon Hato,  on constate que la typologie de l’île ne semble pas avoir évolué.

Alors excès de mauvaise foi, détestation ordinaire de la Chine, communication calamiteuse ou réel problème ? En fait le malentendu vient probablement du projet initial dont les images laissent entrevoir que l’île était censé être agréable au regard.

Sept ans plus tard, force est de constater que le bon goût chinois et les dépassements budgétaires ont fait de cette île artificielle la risée du net.

其實可唔可以報消委會?貨不對辦到咁…

Posted by 歐陽英傑 on Tuesday, 3 April 2018

En tout état de cause, le pont, qui aura nécessité sept ans de travaux est aujourd’hui terminé. On estime qu’il aurait coûté au moins 18 milliards d’euros et devrait être officiellement inauguré le 1er juillet 2018, pour la fête nationale hongkongaise.