Les artistes de rue expulsés du quartier de Mong Kok

Voilà, c’est fini. Après deux décennies, les artistes de rue de Mong Kok ont plié bagage, dimanche soir, au grand soulagement des commerçants habitants du quartier.

Depuis 20 ans, les chanteurs de karaoké excentriques assuraient l’animation sur Sai Yeung Choi Street South, une rue fermée à la circulation le soir et le weekend.

Sauf que les voisins n’en pouvaient plus : près de 1200 plaintes pour tapage nocturne ont été déposées en 2017. La concurrence entre les chanteurs reprenant les tubes de cantopop s’est accrue ces dernières années, poussant chacun à augmenter le volume.

Ceux qui ont fait pencher la balance sont plutôt les propriétaires des magasins, dont la fréquentation était impactée, à la marge, par les spectateurs agglutinés sur les trottoirs.

Or, on n’entrave pas le business impunément à Hong Kong. Il a donc été décidé qu’à partir du 4 août, la rue serait rouverte de façon permanente à la circulation.

La culture de rue de Hong Kong en voie de disparition ?

Artistes de rue Mongkok
Les artistes de rue du quartier de Mongkok, le 28 juillet 2018 à Hong Kong @ AFP

La décision suscite l’inquiétude de certains qui craignent que les autorités ne soient en train, par un excès de régulations, d’étouffer la culture de rue de Hong Kong.

En février 2016, lors du Nouvel An chinois, les efforts des autorités pour faire déguerpir les marchands de street food de avait entraîné des manifestations de soutien.

Le tout avait rapidement dégénéré en un mouvement de colère contre les autorités de Pékin et Hong Kong et en de graves affrontements dans les rues.

Cette « révolte des boulettes de poisson » (ne jamais faire de révolution un jour férié, quand il n’y a plus que des stagiaires dans les salles de rédaction) est à l’origine de la condamnation de l’indépendantiste Edward Leung à six ans de prison.

Pourquoi n’y a-t-il pas de compromis possible ?

danseurs Mongkok
@ 香港01

Beaucoup aimerait donc en faire un sujet politique. Pourtant il est probable que cette décision résulte avant tout de l’absence de prise d’initiative des autorités locales.

Certains regrettent que le “ District Council” n’ait pas étudié la possibilité de délivrer un nombre limité d’autorisations, quitte à faire passer aux artistes une audition.

D’autre se demandent tout simplement pourquoi les amplis n’ont pas été purement interdits dès l’apparition des “battles” de rue (celui qui hurle chante le plus fort gagne).

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Hong Kong ne possède pas de réglementation encadrant les prestations des artistes sur la voie publique ; le district de Mongkok n’a donc aucun pouvoir en la matière. Ceci expliquant cela.

La fin de la zone piétonne est plus difficilement compréhensibles, même si la réduction des tranches horaires depuis 2010 le laissait présager. Les autorités qui ne voient la chose que sous le prisme économique, nous explique que c’était le bordel. Soit.

émeute Mongkok Hong kong
@ Edward Wong

A l’heure ou les villes européennes envisagent de bannir les voitures de leur hyper centre, Hong Kong revient au “tout-véhicule”. C’est au minimum surprenant voire criminel. Mais n’oublions pas que le foyer principal de la révolte en 2014 était Mongkok, et que Carrie Lam veille soigneusement à couper court à toute nouvelle tentative de rassemblement.

Reverrons-nous un jour ces artistes ?

Toujours est-il que dimanche soir, Sai Yeung Choi Street était bondée de badauds venus voir une dernière fois les groupes de musique en costume à paillettes, de danseurs de cha-cha-cha et de chanteuses de Chine continentale…

Et c’est la qu’on prend conscience des rivalités régionales. Car si les étrangers établies à Hong Kong déplore majoritairement une perte pour le folklore local, les hongkongais, eux, réagissent plus… mollement et estiment que les capacités vocales desdits artistes ne sont pas de nature à pouvoir leur octroyer la carte de résident hongkongais.

Lana Wong Mongkok
Lana Wong @ headlinehk

Plusieurs célébrités hongkongaises, iconiques des années 1970, sont, en revanche, venues témoigner de leurs soutiens. C’est le cas de l’acteur Bobby Yip, à la coiffure au bol immédiatement identifiée, ou de la très populaire Lana Wong, toujours fringante à 87 ans.

Certains des groupes qui se produisent dans cette rue depuis des années envisagent désormais d’aller à Tsim Sha Tsui, ou bien Times Square, à Causeway Bay.

Des performances de rue… surprenantes !

Voici quelques morceaux choisis pour tous ceux qui arriveront à Hong Kong après le 4 août 2018. N’hésitez pas à nous envoyer vos vidéos !